514 chevaux d’un côté, jusqu’à 585 de l’autre. La Mercedes CLS 63 AMG existe en deux versions radicalement différentes sous une carrosserie qui semble identique au premier regard. Acheter la première génération (W219, 2006-2010) ou la seconde (W218, 2011-2018) change tout : sonorité, fiabilité, consommation, ticket d’entretien. Comprendre ce qui sépare ces deux générations avant de signer évite de transformer un rêve allemand en saignée mensuelle. Voici les écarts concrets, chiffres à l’appui.

Le V8 atmosphérique 6.2 du W219 : le chant du cygne d’une époque
Sous le capot du CLS 63 AMG première génération se loge le moteur M156, un V8 6,2 litres atmosphérique assemblé à la main à Affalterbach. Il développe 514 ch et 630 Nm, suffisants pour expédier les 1 905 kg à 100 km/h en 4,5 secondes et atteindre 250 km/h en pointe. C’est le dernier grand V8 AMG sans turbo, et sa sonorité métallique reste sa signature.

Le revers : ce bloc a fait l’objet d’une class action aux États-Unis entre 2007 et 2011 pour usure prématurée des arbres à cames et des poussoirs hydrauliques. Un cliquetis à froid au démarrage trahit le défaut, surtout sur les millésimes 2007 à 2009. Les pièces ont été modifiées ensuite, mais beaucoup d’exemplaires en circulation portent encore les composants d’origine. Compter 2 500 à 4 000 € pour le remplacement préventif en atelier indépendant spécialisé.
Côté carburant, on atteint 22,6 L/100 km en ville et autour de 14,5 L en cycle mixte sur le papier. En usage réel, descendre sous les 17 L relève de l’exploit. Le réservoir de 80 litres se vide à vue d’œil.
Le 5.5 biturbo du W218 : plus rapide, plus moderne, plus complexe
À partir de 2011, le M157 remplace le M156. Cylindrée réduite à 5,5 litres, mais deux turbos et 525 ch en version standard, 557 ch avec le Performance Package (option à 7 735 € à l’époque), 585 ch sur le CLS 63 AMG S 4MATIC dès 2014. Le couple grimpe à 800 Nm et le 0 à 100 tombe à 4,2 secondes en version PP, voire 3,6 secondes pour le S 4MATIC.
Officiellement, le moteur consomme 9,9 L/100 km en mixte grâce à l’injection directe à jet guidé, soit près de 5 litres de moins que le 6.2 atmo. En usage réel, la fourchette s’établit entre 11 et 16 L/100 km selon le pied droit. Le réservoir descend à 66 litres mais l’autonomie reste meilleure.
Le M157 hérite cependant de ses propres maux. Sur les modèles 2011 et 2012 , un défaut de drainage d’huile au démarrage provoque une famine ponctuelle du tendeur de chaîne. Résultat : chaîne de distribution étirée prématurément. Mercedes a installé un clapet anti-retour et révisé les tendeurs sur les blocs 2013 et postérieurs, mais un W218 antérieur sans intervention doit être inspecté en priorité. Réfection de distribution complète : 5 000 à 8 000 € suivant l’atelier.
Autres faiblesses documentées : durites de refroidissement qui suintent vers 80 000 km, bougies à remplacer tous les 50 000 km (8 unités spécifiques, environ 300 € la pose), et joints de couvre-distribution qui finissent par fuir.
Comparaison directe : ce que change le choix de génération

Au-delà du moteur, la suspension pneumatique Airmatic équipe les deux générations et reste le poste de panne le plus coûteux. Une jambe de force se remplace pour 1 000 à 1 400 € pièce, et le compresseur d’air lâche typiquement vers 120 000 km.
Pour quel profil d’acheteur
Le collectionneur ou puriste se tournera vers le W219. Le M156 atmosphérique deviendra une rareté à mesure que les motorisations électriques s’imposent. Sa cote remonte déjà sur les exemplaires bien entretenus avec un suivi complet et moins de 100 000 km. Un budget de 30 000 à 35 000 € ouvre les portes du marché.
L’amateur qui veut une voiture utilisable au quotidien privilégiera le W218, en particulier un millésime 2013 ou postérieur pour échapper au défaut de chaîne. Le CLS 63 S 4MATIC apporte la traction intégrale, précieuse pour qui roule sous la pluie ou en zone montagneuse plusieurs mois par an. Compter 45 000 à 60 000 € pour un exemplaire entre 60 000 et 90 000 km avec historique Mercedes.
Le budget serré qui rêve d’un V8 doit s’imposer une règle simple : 5 000 € de réserve mécanique sur un compte à part, sans exception. Une CLS 63 affichée à 25 000 € sans historique est un piège classique. Un train de pneus AMG en 19 pouces coûte 1 000 à 1 200 € montés, les plaquettes avant tournent autour de 600 €, et une vidange complète en atelier indépendant spécialisé revient à 400 ou 500 €.
Les vérifications incontournables avant l’achat

Trois contrôles évitent 80 % des mauvaises surprises. D’abord, une lecture diagnostique complète avec une valise compatible Star Diagnosis chez un spécialiste indépendant : tout vendeur sérieux l’accepte sans discuter. Ensuite, l’inspection visuelle de la suspension pneumatique : la voiture doit se stabiliser en moins de 30 secondes à la mise en route. Un affaissement nocturne sur un côté signale une fuite. Enfin, un essai à froid pour écouter le moteur dans ses premières secondes. Tout cliquetis prolongé sur un W219, tout bruit de chaîne sur un W218 antérieur à 2013, doit faire reculer.
L’historique d’entretien Mercedes reste non négociable. Une AMG sans suivi documenté décote de 30 à 40 % face à un exemplaire suivi, et c’est mérité. Les vidanges doivent intervenir tous les 10 000 km maximum , pas aux 20 000 km du carnet officiel : sur ces V8 chargés, l’intervalle constructeur est trop long pour la longévité réelle des composants internes.
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Le break Shooting Brake change-t-il la donne ?
Le CLS 63 AMG Shooting Brake (carrosserie X218, 2012-2018) offre 590 L de coffre contre 520 L pour la berline, sans pénalité de performances. La rareté joue cependant : on en trouve trois à quatre fois moins en occasion, et la cote dépasse celle de la berline d’environ 15 %.
Quelle assurance prévoir pour une CLS 63 AMG ?
Comptez 1 800 à 3 200 € par an en tous risques pour un conducteur de plus de 35 ans avec un bonus 50. Les contrats spécialisés voitures de prestige sont souvent plus avantageux que les assureurs généralistes, surtout pour un usage limité à 5 000 ou 10 000 km par an.
Verdict
Choisir entre les deux CLS 63 AMG revient à choisir entre deux philosophies. Le W219 incarne la dernière génération AMG sans turbo, plus brute, déjà recherchée par les collectionneurs. Le W218 délivre des performances de supercar dans un habit de berline, à condition d’éviter les premiers millésimes ou d’accepter une réfection préventive. Dans les deux cas, le ticket d’entrée se mérite : un budget annuel de 3 500 à 5 000 € en entretien hors carburant est la norme, pas l’exception. Préparé en conséquence, le plaisir reste intact.
